Ils m’appellent le Chevalier des Loups. Il y a si longtemps que plus personne ne dit mon prénom. J’ai fini par l’oublier. Lorsque Fenrir en personne est venu réclamer – ou plutôt exiger – mon aide, j’ai dû abandonner mon passé, mes souvenirs en même temps que mon nom. Pour faire désormais partie de leur histoire.
Devenir cette silhouette sombre, emmurée dans une armure qui m’a cuirassé le coeur.
Épouser ma monture, ne faire qu’un avec mon farouche destrier, dont la blancheur rivalise avec l’éclat des nuits de pleine lune. Sans répit et sans remords, j’ai suivi les sentiers sinueux qui menaient au destin fatal de nos ennemis. J’ai frappé. Sans ciller. Le sang qui gicle ne parvient pas à souiller le métal de ma lame. Mon âme ne s’en émeut guère. Tandis que Sylva piétine les entrailles, piaffe d’impatience devant ces créatures qui tardent à mourir, mes oreilles se font sourdes. Je ne perçois ni les cris, ni les supplications.
Je ne vois pas la terreur dans laquelle se noient ces regards dont je me détourne. Je ne ressens rien.
J’aurais pu être le fils de Fenrisulfr. J’aurais pu être l’amant d’une nymphe. J’aurais pu naître hybride.
Je peux être tout. Sauf un simple mortel. Car alors personne ne tremblerait devant moi.
Nul ne saurait qu’un être humain est aussi terrible qu’un loup ou la plus puissante des magiciennes.
Et cela, Homme, tu dois te le rappeler. Et cela, Homme, JE dois te le rappeler.
Sylva et moi avons mille lieues à parcourir cette nuit. Au bout des ténèbres, dans le fracassant silence des esprits sauvages, au rythme d’un galop éperdu, ma somptueuse jument et son triste cavalier affronteront ceux que nous redoutons le plus après Fenrisulfr.
Au commencement, Sept était leur chiffre.
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