Malgré des êtres autour de moi, en dépit de la sollicitude ou des sollicitations, je me sens terriblement seule.
Et je pleure.
Je pleure à chaudes larmes, en silence, mon loup. Je l’appelle de tous mes voeux. Je désire qu’il me revienne. Ils m’ont laissée si loin.
Oui, il me faut m’enfuir avec mes frères, parcourir de longues distances sans nous arrêter, et toujours fuir les trahisons humaines. Le mensonge, la cruauté, la bêtise, la solitude, l’indifférence. Laisser cela une bonne fois pour toutes derrière nous. Mêler mes pas aux leurs, marcher d’une seule trace, pour que jamais ils ne sachent combien nous sommes, combien il y en aurait à abattre.
Rejoindre la nuit, se méfier des traqueurs tandis que la lueur de la lune éclaire notre parcours millénaire. Se demander « pourquoi? », accepter de ne pas avoir de réponse, se résigner à mourir de faim ou à périr au combat.
Protéger la harde coûte que coûte.
En attendant, je prends soin de moi. Car il y aura forcément un crépuscule rien qu’à nous. Une nuit où même les étoiles seront recouvertes de neige, où la terre – entière et reconnaissante – retrouvera sa virginité, où mon loup saura me retrouver.
Alors je balaie d’un geste prompt les poussières de sentiments qui voilent mon regard sauvage. L’éclat d’une espérance surgit entre les brumes.
L’aigle royal m’indique le chemin. Il plane d’une solitude pareille à la mienne. Car à force de voler si haut, on réalise un matin combien certains sont petits et bas. Il n’y a guère que les anges pour s’élever de la sorte. Hélas leur compagnie est rare. Eux aussi apprennent à se cacher.
Je le sais long, tortueux et douloureux, le sentier qui m’est montré.
Tant pis.
Attendez-moi, redoutés compagnons!
Voici que je m’élance.
Mais voici qu’on me retient.
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