Ainsi donc, tu as choisi de rester.
Cela fait maintenant des lunes que nous t’observons, en train de guetter mon retour. Tu n’as pas bougé d’un pouce, pas même quand le vieux peuple a amené l’orage, la foudre et les trombes lacustres juste au-dessus de ta tête. Avaient-ils l’intention de t’effrayer ou te purifier?
Est-ce le baptême pagan?
Obstiné petit être.
Les sorcières ont tenté de te séduire, de te faire quitter le tronc centenaire auquel tu avais adossé ta fragile carcasse. En vain.
Les bruits de la nuit, s’ils faisaient naître la peur en ton ventre, ne sont pas parvenus non plus à s’emparer de ton courage.
Explique moi, je voudrais comprendre.
Notre histoire t’importe-t-elle tant?
Je n’y entends rien et Fenrisulfr est perplexe.
Tu n’es point loup, tu n’es point Hybride.
Les créatures du Vieux Monde ne savent pas ton nom.
Il se raconte simplement, parmi ceux de ta triste espèce, que tu serais poète.
Mais qu’est-ce donc, un poète?
Et tu chantes...
Nous l’avons entendu chaque nuit. Tes paroles ont ouvert la porte du sanctuaire de nos âmes. Les ancêtres ont quitté le sommeil de leur sérénité...
Tes chants nous intriguent. Les Gardiens t’écoutent en hochant la tête, comme s’ils savaient, comme s’ils acceptaient...
Un grand conseil s’est tenu. Les Sept ont allié leur sagesse à la nôtre.
Le Chevalier des Loups est apparu, s’est rangé à l’avis de tous.
Tu es différent. Ta solitude n’a d’égal que notre éternité d’errance.
Qui pourrait mieux nous entendre que toi? Qui serait capable de nous voir vraiment? A part les enfants et le Peuple Blanc, personne d’autre que toi.
Tu as le coeur pur.
Il est encore temps de reculer, Homme.
Fenrir sent que tu ne le feras pas.
Qui aimes-tu le plus?
L’Hybride dont jamais tu ne partageras la solitude?
Ou les mystères de notre saga?
Ferme les yeux à présent.
Nous te permettons de te reposer.
Bientôt le Chevalier te viendra. Alors, il te dira.
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